Clap de cinéma avec une pellicule

Si vous êtes tombé sur cet article d’une manière ou d’une autre, c’est que vous êtes très certainement en pleine préparation de votre prochain projet de film ou de série… 🙂

Ou bien vous voulez peut-être juste en savoir davantage sur le découpage technique… ça aussi, c’est possible 😀

Dans tous les cas, je vous garanti que vous ne serez pas déçu du voyage !…

En fait non, tout compte fait je ne garanti rien mais je vais tout de même essayer de faire de mon mieux pour vous aider 😛

J’ai donc choisi de traiter le sujet sur 2 articles, de la théorie à la pratique :

  1. Le découpage technique d’un film.
  2. Faire un découpage technique : un exemple étape par étape.

Dans ce premier article, je vous propose de nous pencher sur la théorie et de voir ensemble ce qu’est un découpage technique, ce qu’il n’est pas et quels sont les enjeux d’un tel document.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je me permets déjà de vous rappeler qu’un scénario n’a pas valeur de support technique. En règle générale, lorsqu’on écrit un scénario, il est fortement déconseillé (voir même proscrit) d’écrire des termes techniques, comme des mouvements de caméra par exemple. Partez toujours du principe que l’objectif ultime de la rédaction d’un scénario, est d’optimiser avant tout l’expérience de lecture. Un lecteur doit lire votre scénario, mais aussi et surtout, l’expérimenter comme un défilement de pellicule dans son imaginaire. Chaque terme technique présent dans un scénario, équivaut à une perche ou un technicien visible dans le champ de la caméra ! Autrement dit, un détail qui peut nous sortir immédiatement du film et de son histoire !

Si vous souhaitez rédiger un scénario en y intégrant les prémisses d’une intention de mise en scène, vous pouvez le faire par le biais de la suggestion. En général, vous ne pouvez pas imposer une intention, surtout si vous n’êtes pas la personne en charge de la réalisation du film. Dans le meilleur des cas, le scénario peut donc suggérer la mise en scène et même un certain rythme narratif.

C’est donc à ce niveau-là qu’intervient le fameux découpage technique.
( souvent appelé “DT” dans le milieu pro 😉 ).

Lorsqu’un projet cinématographique obtient le feu vert de sa mise en production, le réalisateur a pour responsabilité de définir son intention de mise en scène de la manière la plus claire possible. Le découpage technique est donc fait par le réalisateur lui-même. Ceci dans la perspective de pouvoir donner à toute l’équipe du film une vision précise de ce qu’il a en tête.

Le découpage technique doit rassembler avec le plus de précision possible, l’ensemble des détails qui construisent le film à l’image et au son, afin de visualiser la forme que celui-ci doit prendre et pouvoir préparer le tournage en conséquence.

En clair, il permet de faire la transition entre la dramaturgie du scénario et le langage cinématographique. Autant dire que le découpage représente au moins 50% du travail d’un réalisateur ! Si vous êtes le scénariste du projet, la rédaction d’un DT sera l’occasion pour vous de porter un nouveau regard analytique sur votre scénario.

On verra plus en détails la construction dans la seconde partie consacrée à la pratique mais en attendant, voici un exemple de découpage technique :

Exemple de découpage technique d'un film

Ce document permet aussi (et surtout) de pouvoir mieux communiquer l’intention de mise en scène à toute l’équipe ( ce qui peut parfois être plus complexe qu’on ne l’imagine 😉 ). Les membres d’une équipe peuvent avoir besoin de comprendre le “pourquoi ?” du projet. Mais ils ont surtout besoin de comprendre le “comment ?” pour que chacun sache ce qu’il a à faire et dans quelle direction aller. Ce qui leur permettra d’ailleurs d’anticiper beaucoup des contraintes relatives à la mise en production. Le DT peut donc s’avérer particulièrement utile dans le cas d’une fiction, puisque les tournages sont organisés en mode “militaire” ( en tout cas il vaut mieux, sinon… c’est la mémerde ! 😛 ).

Les trois frères bourrés

Attention : Le découpage technique n’est pas un storyboard ni un plan de travail.

Le storyboard peut éventuellement y être intégré, mais il s’agit normalement d’un autre document réalisé après le DT. Pour ce qui est du plan de travail, il est destiné à planifier le déroulement de la mise en production. Il s’agit donc d’un document qui répond à d’autres problématiques davantage liées à la logistique.

À qui peut s’adresser le découpage technique ?

Comprendre ce qu’est un découpage technique et ce qu’il n’est pas, c’est cool !
Mais savoir comment il peut être utile à votre équipe…
Eh bien c’est carrément top moumoutte on the rocks ! 😀

Avant de voir ensemble les besoins auxquels le DT peut répondre, je tiens à préciser que toutes les explications qui suivent ne sont pas absolues mais relatives. L’utilité et la construction d’un DT peuvent en effet grandement varier selon chaque projet, son contexte de production et les demandes des chefs de postes d’un tournage. Même si l’utilisation et la construction d’un DT sont extrêmement variables, je vous propose de voir ensemble les apports de ce document à l’échelle de chaque poste…

1. Le réalisateur.

Chaise de réalisateur

Comme je l’ai déjà mentionné un peu plus haut, le découpage technique permet au réalisateur de clarifier et valider son intention de mise en scène. Ceci dans l’objectif de pouvoir la communiquer clairement à son équipe.

Mais la construction d’un DT amène également une forme de remise en question des ambitions créatives, face à la réalité des moyens techniques et logistiques. Si vous êtes scénariste et réalisateur d’un projet, il peut être parfois assez délicat de se confronter à l’impossibilité de donner vie à son intention créative à cause d’un manque de moyens ou toute autre raison. En réalité, je pense qu’il est préférable de se servir justement des contraintes liées à l’exécution, pour tenter d’être encore plus créatif tout en restant sur des ambitions simples et accessibles. La simplicité d’exécution et d’expression a très souvent une immense valeur dans le cinéma 😉

La construction d’un découpage technique a aussi un autre effet un peu plus discret que j’ai pu observer au travers de mon expérience perso…

Si vous avez déjà réalisé des projets audiovisuels ou cinématographiques, vous devez certainement savoir qu’il est possible de perdre pied à certains moments du tournage. Cela peut arriver dans le cas de séquences complexes à réaliser par exemple. Dans certains cas il est en effet possible de ne plus savoir exactement où est-ce qu’on en est et comment se construit la séquence en question. Prendre le temps de définir plan par plan son intention de mise en scène, permet justement de s’imprégner de l’oeuvre en portant un regard davantage axé sur l’exécution. Au-delà de la définition de votre intention créative, vous décomposez aussi dans votre esprit toutes les étapes de la mise en pratique sur le plateau.

En clair : vous anticipez le tournage comme si vous y étiez déjà 🙂

Tout cela permet évidemment de gagner énormément de temps (et d’argent) sur un tournage. Mais pour ma part, un DT bien conçu peut aussi faire la différence entre une idée bien exécutée et une autre qui ne l’est pas. Je crois qu’il n’y a rien de pire pour un cinéaste, que le sentiment d’avoir gâché une intention créative bien définie, à cause d’une exécution ratée. Lorsque vous êtes amené à réaliser un projet cinématographique, je vous recommande donc vivement de faire un découpage technique. Non seulement pour y voir plus clair dans votre intention créative, mais aussi dans son exécution au moment du tournage.

Faire un découpage technique de manière consciencieuse, c’est faire bien plus qu’un simple document ! En tant que réalisateur du projet, vous posez déjà les premières pierres d’une plus grande liberté d’esprit au moment du tournage. 😉

2. Le premier assistant

Personne avec un mégaphone

Le premier assistant est le bras droit du réalisateur. C’est lui qui est responsable du bon déroulement du tournage et de la gestion de l’équipe. Autrement dit, c’est l’une des seules personnes sur un plateau de tournage qui peut s’autoriser à dire des trucs du genre : “The Law ?… I AM THE LAW !!” 😀

Judge Dredd : "I am the law !"

En règle générale, sur un tournage cinéma ou télévision, le DT est transmis au premier assistant.

Avant que la production commence, le premier assistant a pour responsabilité de faire un dépouillement et un plan de travail. Deux documents qui se rapportent avant tout à la problématique de l’organisation.

Pendant la production, le premier assistant a la (très lourde) responsabilité d’assurer le bon déroulement du tournage. Si le tournage se plante, c’est lui qui prend la gifle ! 😮

Que ce soit avant ou pendant la production, le premier assistant a donc besoin d’avoir une vision très claire et très précise des plans à réaliser et de toutes les considérations techniques. Et c’est justement à ce niveau-là que le découpage technique se montre très utile pour lui 😉

3. Le directeur de production.

Femme avec un document dans une roue dentée

Attention à ne pas confondre le directeur de production avec un producteur. Ce sont deux métiers complètement différents ! Le directeur de production est une personne salariée qui a pour responsabilité d’assurer le bon déroulement de l’ensemble de la production en fonction des moyens disponibles.

Il m’est déjà arrivé de fournir un découpage technique à un directeur de production, afin d’obtenir son avis sur la faisabilité du projet et sur les solutions de financements à envisager. Dans ce cas de figure bien précis, il a été très utile pour lui d’avoir toutes les données techniques relatives à la mise en scène. Certains plans étaient beaucoup plus compliqués que d’autres ( BEAUCOUP plus compliqués ! 😀 ) et nécessitaient donc des moyens plus conséquents. Aussi bien en terme de temps, qu’au niveau de la machinerie à utiliser.

Le découpage technique peut donc également servir à évaluer les coûts de production d’un projet audiovisuel ou cinématographique d’une manière bien plus précise qu’avec un scénario.

4. Le chef opérateur prises de vue.

Operateur prise de vue prépare son cadre

Le chef op’ (ou directeur de la photographie) a pour responsabilité d’assurer la mise en place des configurations de tournage de chaque plan. Il s’occupe donc principalement de l’installation de la caméra et de l’éclairage. Je dis “principalement” car son rôle ne se résume pas à poser une caméra sur un trépied accompagnée de deux ou trois lumières. Le chef op’ doit également prendre en compte le travail des autres intervenants d’un plateau de tournage, comme l’équipe de prise de son par exemple. Je pense qu’on est d’accord sur le fait qu’il est plutôt préférable de ne paaaas trooop beaaauucoup voir la perche dans le plan lorsqu’on regarde un film 🙂 Le chef op et le perchman font donc ce qu’on appelle un “bord cadre”, afin de déterminer les limites du champ d’action de la prise de son.

L’installation de la caméra et des lumières peut même prendre plusieurs jours. Vous pouvez ainsi fournir un découpage technique au directeur photo, afin qu’il ait absolument tous les détails de la prise de vue (et de la prise de son si vous avez décidé de les inclure dans votre DT). Des données qui pourront potentiellement l’aider à mieux se préparer.

Remarque : Dans un découpage technique, il n’est généralement pas indiqué le choix de la focale de l’objectif à utiliser pour chacun des plans. On indique néanmoins toutes les valeurs de chaque plan (ex : plan large, plan moyen, gros plan, etc.). Ce qui constitue bien entendu une information essentielle pour la configuration image. Mais il ne s’agit pas non plus pour un réalisateur de se déresponsabiliser pour autant du choix de cadrage sur le plateau. Pour ma part, j’ai déjà eu l’occasion d’occuper le poste de cadreur ou même de directeur de la photo sur des tournages. Je peux vous assurer que la situation devient toujours très délicate à gérer lorsqu’un réalisateur vous donne une instruction trop évasive du style “il faut faire un plan moyen assez beau”. Un directeur photo a besoin de savoir précisément ce que vous avez en tête pour qu’il puisse se préparer en conséquence. À moins que vous ayez fait un storyboard, une valeur de plan ne suffit généralement pas à définir l’ensemble des critères techniques à prendre en compte : Quelle focale doit être utilisée ? Quelle sera la profondeur de champ ? Y a-t-il un changement de température de couleur à prévoir ? etc.

5. L’équipe son.

Sihouettes de perchman

Sur un plateau de tournage, l’équipe dédiée à la prise de son se compose au strict minimum d’un perchman équipé d’une perche ( Naaan !! Sérieux ? 😮 😀 ), d’un enregistreur et d’une mixette portables (souvent portés dans une sacoche en bandoulière comme sur l’illustration ci-dessus). Dans l’idéal, l’équipe doit se composer d’au moins deux personnes : un opérateur son, mais aussi (et surtout) un chef opérateur prise de son. Ce dernier est responsable de la prise de son directe. Il doit choisir le matériel à utiliser et comment l’utiliser pour obtenir le meilleur son possible.

Lors de la préparation du plateau de tournage, le chef opérateur prise de son a donc grosso modo le même type de responsabilités que le directeur photo. Il doit prendre en considération le champ de la caméra. Il peut par exemple être nécessaire de bouger les sources d’enregistrement pendant une prise. Dans ce cas, il faudra s’assurer que le micro reste à bonne distance du sujet en fonction du cadre ou plan choisi. Un plan serré permettra en théorie l’installation d’un micro assez proche du sujet, alors que les plans plus larges, imposeront une certaine distance entre le micro et le sujet ( ou alors il faut les planquer autrement dans la zone filmée par la caméra 🙂 ).

Là aussi le découpage technique peut donc constituer un atout non négligeable pour la préparation de la prise de son. Un chef op’ son ne fera pas les mêmes choix de matériel pour un long travelling latéral en plan moyen, que pour un plan serré fixe par exemple.

6. Le monteur.

Clavier de montage vidéo

Parmi les projets auxquels j’ai eu la chance de participer en tant que monteur image, il m’est arrivé que l’on me propose de prendre connaissance du scénario, mais aussi du découpage technique. Pour ma part, je refuse toujours de consulter le second…

Je pense que le monteur ne devrait JAMAIS prendre connaissance du découpage technique !

Tout simplement parce que la responsabilité d’un monteur réside avant tout dans le fait d’apporter un nouveau point de vue sur l’histoire d’un film.

Le monteur doit pouvoir proposer une nouvelle écriture du film.

Il peut effectivement se baser sur le scénario et les rapports de scripte. Mais il est largement préférable qu’il se détache le plus possible du DT et même du tournage de manière générale ! 😉

Le monteur image doit respecter l’unité narrative du film, sans pour autant suivre strictement sa construction initiale. En ce sens, je suis personnellement convaincu qu’en réalité, un découpage technique peut “empoisonner” le processus créatif du montage image.

6 Commentaires
  1. Emmanuel 12 mois Il y a

    Ton développement me conforte sur pas mal d’idées , beaucoup de choses instructives également . Merci !

    • Marc
      Marc 12 mois Il y a

      Salut Emmanuel 😉

      Merci à toi pour ce commentaire très gratifiant et encourageant 🙂

      Bien à toi,
      Marc.

  2. Jacquinet 12 mois Il y a

    Merci pour tout tous vos conseils très utiles
    Documents très instructifs

    • Marc
      Marc 12 mois Il y a

      Merci à vous pour votre commentaire très encourageant 😉

  3. Ghallale 12 mois Il y a

    C’est très utile et très clair.
    Merci

    • Marc
      Marc 12 mois Il y a

      Merci pour ce commentaire très encourageant 😉

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