La création de personnages riches et crédibles, constitue l’un des principaux défis de l’écriture d’un scénario (et même d’une historie de manière générale). Les personnages qui évoluent dans votre scénario, déterminent non seulement le potentiel d’identification du public, mais participent également en grande partie au propos réel du film.

Vous devez peut-être vous demander…
Comment créer des personnages justes, comportant un véritable potentiel d’identification ?

Il se trouve que l’auteure Linda Seger, tente d’apporter plusieurs réponses à cette problématique dans son ouvrage intitulé Créer des personnages inoubliables.

Couverture créer des personnages inoubliables (Linda Seger)

Dans cet article, je vous propose une première synthèse des concepts abordés dans son livre. Avant de nous intéresser à la démarche créative proposée par Linda Seger, il est indispensable d’avoir une vision claire de la manière dont se construit un personnage de fiction.

Pour expliquer cette construction, Linda Seger utilise une métaphore que je trouve particulièrement pertinente : celle de l’iceberg.

L’iceberg, c’est ce gros bloc de glace qui flotte sur l’eau en partant gentiment à la dérive, et qui accessoirement, a fait couler le Titanic en 1912. Mais ça… c’est une autre histoire 😕

Ce qui nous intéresse ici, c’est la représentation métaphorique que l’iceberg permet de mettre en avant. Un iceberg n’est pas seulement un énorme bloc de glace qui flotte. En réalité, seulement 10% de l’iceberg est hors de l’eau. Les 90% restants sont totalement immergés. Si on ignore les 90% immergés de l’iceberg, alors on peut considérer que l’iceberg n’est plus un véritable iceberg au final…

Eh bien pour un personnage, c’est exactement la même chose !

iceberg-10-90

Le public perçoit en général seulement les 10% d’un personnage qui sont hors de l’eau. Mais si ces 10% ont une réelle signification aux yeux du public, c’est avant tout parce que les 90% immergés permettent justement d’appuyer cette signification.

Lorsqu’il est question de créer un personnage de fiction de toutes pièces, il est donc impératif de commencer par construire l’identité de ce dernier. Une identité qui se fonde à la fois sur son vécu, sa culture, sa profession, ses relations passées et présentes, l’époque dans laquelle le personnage évolue, etc. Il est important de rappeler que 90% de l’identité de ce personnage, ne sera pas directement exposée au public. La construction de cette identité sert avant tout à conserver une certaine cohérence dans le comportement et les décisions de votre personnage au sein de l’histoire que vous souhaitez raconter. Ce processus de construction de l’identité du personnage peut paraître assez ingrat. Mais la richesse et la profondeur d’un personnage sont vitales au bon fonctionnement de celui-ci. Même si le public ne voit que les 10% à la surface, il a toujours indirectement conscience des 90% immergés. Si les 90% immergés sont négligés, alors il y a de forts risques que les 10% perçus par le public, soient victimes d’un manque flagrant de cohérence et/ou de profondeur.

Le public est susceptible de percevoir un manque au travers du comportement de vos personnages, mais aussi et surtout au travers de leurs motivations. Ces dernières doivent en effet être facilement cernables et compréhensibles par les spectateurs.

Attention tout de même !

Il ne faut pas confondre comprendre et approuver.

Ce n’est pas parce que le public parvient à cerner et à comprendre les motivations d’un personnage, qu’il doit nécessairement approuver les considérations morales et éthiques qui leurs sont associées.

Les 90% immergés de l’identité d’un personnage, permettent de justifier les motivations de ce dernier, avant tout de SON point de vue à lui ! Il ne s’agit pas forcément de rendre les motivations du personnage acceptables pour autant. En tant que spectateur, vous pouvez par exemple comprendre les motivations d’un serial killer, sans pour autant approuvées ces dernières sur le plan éthique et moral ( j’espère pour vous ! 🙂 ).

Il existe néanmoins des exceptions qui se jouent de l’incompréhension du public vis-à-vis des motivations d’un personnage, pour accentuer son caractère imprévisible et appuyer l’appréhension que l’on peut ressentir à son égard.

joker-the-dark-knight

Le Joker de The Dark Knight est selon moi un exemple particulièrement pertinent du serial killer fou allié que personne ne comprend. Le public est dans l’incapacité d’anticiper les décisions et les actions de ce personnage, car ses motivations profondes restent parfaitement insaisissables. Il en va de même pour le serial killer de Seven. Son identité elle-même reste inconnue. Il se cache derrière un pseudonyme relativement commun : John Doe. On sait qu’il tue en suivant le dogme défendu par les 7 pêchés capitaux… mais la motivation qui le pousse à agir de la sorte, reste incompréhensible pour le public. Le cas de Hannibal est lui aussi un exemple assez probant. Impossible d’anticiper ses actions, même si il est tout de même possible de pressentir qu’il prépare un sale coup.

Tous ces personnages sont avant tout des exceptions qui confirment la règle. Un personnage dont la motivation est compréhensible, permet l’identification du public. Le fait qu’un personnage soit un serial killer n’a d’ailleurs rien à voir avec son potentiel d’identification. Prenons le cas de Dexter par exemple. Il associe ses décisions et ses actes à des valeurs morales. Ce qui permet de mieux comprendre la motivation qui le pousse à commettre tous ses crimes. Je trouve d’ailleurs le cas de Dexter très intéressant, car il tend même à nous pousser vers l’approbation de ses actes sur le plan moral. Ce personnage incarne à lui seul le dilemme de l’existence de la peine de mort. Les motivations de Dexter se placent en effet pile à la frontière des notions éthiques et morales.

Dexter assis sur le bord d'une baignoire

Au début de la série, on ignore ce qui a poussé le personnage à se construire une telle motivation. Autrement dit, les 10% en surface ne nous donnent aucune information sur son expérience de la vie. On se doute pourtant assez facilement que son histoire est certainement différente de celle d’un serial killer classique. Au travers de ses actes et de la motivation qu’il affiche, on perçoit donc en réalité les 90% qu’on ne nous dit pas à son sujet !

C’est pour moi une preuve que les 90% d’informations à propos du personnage qui sont totalement immergées, ont finalement un impact concret sur l’identification du public. Linda Seger ajoute dans son ouvrage que tous les détails sont importants. Elle prend l’exemple d’un personnage noir qui est avocat, en expliquant qu’il est tout-à-fait possible que son origine ethnique influence de manière significative son exercice du métier.

Il est donc vital de définir clairement l’identité des personnages de votre histoire, avant même de commencer à écrire celle-ci. Posez-vous des questions sur leur vécu, leur convictions personnelles, leurs principes s’ils en ont, etc.

Si vous décidez de vous engager dans l’écriture d’une histoire au format long, je vous recommande même vivement de faire une fiche pour chacun des personnages amenés à avoir un impact significatif sur l’intrigue et ses enjeux.

Lorsque vous commencez la construction de l’identité de vos personnages, vous faites généralement face à une nouvelle problématique. Celle de la recherche d’informations pertinentes. Vous entrez alors dans une phase que Linda Seger appelle l’investigation.

Nous aurons l’occasion de nous pencher sur cette phase plus en détail d’ici peu…

2 Commentaires
  1. Didier Bion 6 mois Il y a

    Pertinent ce concept de l’iceberg. Je rajouterai juste un truc: je pense qu’on peut-doit d’avantage- ijouer sur la capacité du spectateur à émettre des hypothèses plutôt que de comprendre tout de suite ce qui n’est pas formulé directement dans l’histoire. Les fausses pistes c’est bien, you know what i mean, course you do ! Dans le cas d’une série par ex. le pilote ne lève que légèrement le voile sur ses personnages principaux. Les motivations réelles, la justification des actes est préférable dans ce qui va suivre (à condition qu’on ait éveillé l’intérêt du spectateur pour en savoir plus et c’est toute la difficulté) , du moins c’est ce que je pense et que j’essaie humblement de mettre en oeuvre. D’où l’importance d’un bon travail de caractérisation en amont, savoir où on va, connaître la fin même si on peut s’autoriser à l’altérer un peu, après tout le story telling se poursuit au tournage et au montage non ? Cela quelque part rejoint peut être ton chat live sur SW8.

    • Marc
      Marc 6 mois Il y a

      Exactement ! Tout-à-fait d’accord avec toi. Plus on met à l’épreuve la capacité de déduction du spectateur, plus on l’amène vers une appréciation active et non passive. En effet, la découverte de la caractérisation d’un personnage peut (doit ?) s’inscrire dans ce processus de déduction. Merci pour ton commentaire 🙂

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Contactez-moi

Je reçois votre message directement dans ma boîte mail, et je vous réponds dès que possible ;)

En cours d’envoi

 

VOTRE PREMIER COURT-MÉTRAGE

EN 5 SEMAINES

  • Bien se préparer : équipe, matériel, logiciels, moyens disponibles.
  • Développer votre idée : pitch, synopsis, scénario, intention.
  • Organiser le tournage : repérages, découpage, plan de travail.
  • Tourner votre film : gérer l'équipe, diriger les comédiens.
  • Monter et sonoriser votre film : montage, couleurs, mixage.
  • Diffuser votre film : festivals, web, projection publique.

 

VOTRE PREMIER COURT-MÉTRAGE

EN 5 SEMAINES

Remplissez le formulaire ci-dessous pour accéder au contenu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Consultez votre boîte de réception

pour confirmer votre inscription.

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?